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Tango Joven.

Tango Joven.
Ecrit par Marc Tommasi sur: http://letangosecorse.canalblog.com/archives/2006/10/index.html

Tout d’abord quelques remarques sur les différentes générations de la milonga.
Depuis environ 4 ans, le tango est de mode chez les jeunes et il a été promu avec beaucoup d’à propos par le gouvernement de la ville. Il y a de nombreux événements médiatiques comme le festival de Tango de Buenos Aires où des cours gratuits sont donnés par une tripotée de maestros de tous les styles, les championnats qui attirent toujours beaucoup de monde, l’anniversaire de Gardel, le jour du tango etc…
Une fois amorcé, un effet boule de neige s’est constitué : plus il y a de jeunes qui dansent et plus les jeunes sont entraînés à danser. Du coup, c’est un fait, il y en a pas mal (entre 18 et 30 ans) dans les milongas. Au dernier mondial de tango, par exemple, 80 % des participants avaient moins de 30 ans.

Ensuite, il y a un “ trou générationnel ”, disons entre 30 et 50 ans pour être large. Pour moi, il s’explique de deux manières :
- d’une part les jeunes, une fois mariés et parents (les femmes ont en Argentine des enfants plus tôt qu’en Europe), fréquentent beaucoup moins les bals exception faite des professionnels qui sont d’ailleurs assez nombreux.
- dautre part, la nécessité de travailler pour gagner leur vie et de dormir un petit peu chaque nuit les éloigne naturellement du tango, une fois passé le temps des études et du début frénétique de la vie active.

Cette dernière raison explique d’ailleurs pourquoi, il y a plus de jeunes dans les pratiques que dans les bals. Les pratiques commencent vers 21 hs et ferment vers 1 hs en restant compatibles avec la vie active au contraire des bals qui commencent à 23 hs et terminent à 5 hs.

Ensuite, à la faveur d’événements qui se produisent plus tard dans la vie (retraite, séparation, pension, héritage …), les danseurs retrouvent la danse et se remettent, comme si rien ne s’était passé, à danser frénétiquement.

L’autre paramètre important est que socialement tous les milieux sont représentés. La danse est un phénomène populaire et ses buts premiers sont la rencontre et de passer un bon moment.

Les lieux
Les milongas sont presque toujours bondées avec une moyenne d’âge autour de 50 ans mais avec un spectre large de 20 à 90 ans.
Les pratiques offrent plus d’espace et la moyenne d’âge est autour de 25 ans avec un spectre assez réduit (rares sont les danseurs de plus de 40 ans).
Pour ce qui est des milongas, Elles ressemblent finalement beaucoup à ce que l’on connaît en Europe, avec un niveau de danse meilleur, quoique pas toujours.
Les pratiques sont les incubateurs naturels des nouvelles tendances. Tout d’abord parce qu’il y a l’espace pour ça, d’autre part parce que la musique et l’ambiance sont plus relâchées (il y a de l’electro, du “ n’importe-quoi-qui-peut-éventuellement-se-danser-avec-des-pas-de-tango ”, des chacareras, du bebop, des pseudo-slows), il n’y a pas de cortinas, malgré l’existence embryonnaire de tandas (il faut dire, en contre partie, que les milongas restent incroyablement traditionalistes à ce titre). La dernière et meilleure raison est que tous les danseurs qui expérimentent s’y retrouvent. La piste est très éclairée, ce qui permet de faire briller sa danse (cette émulation n’a rien de malsain à mes yeux, au contraire, après tout c'est une forme de partage) et aussi de piquer pas mal de choses aux uns et aux autres.

Les styles
Ce qui est frappant ici, c’est le nombre de style différents. À la limite, on pourrait dire que chacun possède un style à part, avec sa manière de marcher, son abrazo et son vocabulaire. C’est une grande différence avec l’Europe où l’on a tendance à copier assez servilement tel ou tel maestro. Evidemment le “ tango nuevo ” de Gustavo, Chicho et Fabian est passé par là mais il y a eu parallèlement un procédé d’appropriation très net. Chacun emploie le vocabulaire de base défini aux alentours de la fin du siècle dernier, mais y rajoute son truc. Et franchement, c’est ce truc en plus qui me paraît le plus valable. On y retrouve ce grain d’argentinité : un mélange paradoxal d’orgueil et de respect de l’autre. Il faut dire que les pibes (les minots), bossent énormément. C’est là une des caractéristiques de ce pays où les gens débordent d’énergie. L’autre chose c’est que le niveau de danse des filles est au moins aussi excellent (et à mon avis supérieur) à celui des gars. Or pour ces styles de danse ouvert c’est fondamental. Non seulement, elles suivent parfaitement, mais en plus leurs pas sont presque toujours “ comme il faut ”, ce qui est loin d’être le cas chez les gars. Il faut dire qu’en tant que société machiste, les femmes sont franchement sous pression.

Au niveau des pas, il y a des mouvements de mode. Celle des colgadas et volcadas est passée. Aujourd’hui, on travaille plutôt les piernazos (une forme généralisée de gancho finalement) et les soltadas (lâcher momentané de l’abrazo) associées à toutes les formes, de sacadas, voléos et barridas qui restent des éléments de vocabulaire très utilisés.
En tout cas, ce qui unit tout ça, c’est incontestablement la musicalité : on entend presque la musique quand on les voit danser et aussi un boullonnement créatif qui ne se résoud pas toujours sur une forme stable mais qui cherche.

Quand aux danseurs d’ici, ma foi, il y a beaucoup.
Gustavo Naveira reste le maestro des maestros (au sens strict du terme puisque dans sa classe, se retrouvent pas mal d’entre eux). Sinon, il y a deux grandes écoles Tango Brujo de Gaston et Mariela et DNI de Dana et Pablo. Il y a aussi Tango Discovery de Mauricio Castro et Carla Marano. El Motivo Tango de Valencia Batiuk et Dina Martínez. Tango Cool de Gabriel Glagovsky. Un couple qui m’a ému récemment Raúl et Carina. Plus tous ceux que je ne connais pas, et pas mal d’expatriés qui reviennent uniquement à la faveur des grands festivals.